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...Tacheles...

Publié le par Chry

Pour résumer,  on va dire , c'est un squat d'artistes, un des grands lieux du Berlin alternatif, tout près de la U-Bahn Oranienburger Tor (U6), dans le quartier de Mitte....ou plutôt c'est encore...enfin....c'est encore un peu...pour combien de temps ?

 

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J'ai visité les lieux totalement ignorante de leur histoire... impression de fin de soirée...quand les 3/4 des convives sont partis, que ceux qui restent font semblant d'assurer encore , rejouent les mêmes sketches éculés, ou traînent l'oeil vitreux et le pas chancelant...impossible de tenir une conversation...il y a encore de la musique, mais les décors dont on peut imaginer qu'ils étaient somptueux sont abîmés, les cotillons épars et les bouteilles vides alignées dans les coins  ... on pressent que la fête a été belle, audacieuse, chaleureuse , mais qu'elle est finie...qu'elle a pu être interrompue voire gâchée par le retour des propriétaires, une visite de la maréchaussée alertée par ce tapage....envie d'ouvrir les fenêtres pour chasser les remugles...nécessité d'un grand ménage...que les convives qui traînent encore là aillent se refaire une santé physique et morale, et surtout créative...  c'est une image.

 

 

P1100685 Néanmoins l'immeuble est impressionnant, on perçoit qu'il est chargé d'histoires et d'Histoire... Mes recherches ont confirmé mes impressions... Je vais me contenter de compiler et copier-coller des choses déjà très bien écrites ailleurs, en citant mes sources ( entre guillemets en italique), toutes très intéressantes,  et que je vous incite à visiter. En revanche toutes les photos dans cet article sont de moi.

 

Remontons dans le temps ...

 

" Construit en 1909 sous Guillaume II, le "passage de la Friedrichstr.", qui relie la Friedrichstr. à la Oranienburgerstr., résulte de l'initiative de commerçants indépendants qui se constituent en société anonyme. C'est alors l'un des premiers édifices faits de béton et d'acier, ce qui n'empêche pas sa façade d'être rehaussée de touches gothiques et néoclassiques. Son architecture des plus modernes présente la particularité d'avoir une façade et une structure interne indépendantes l'une de l'autre. Celle qu'on appellera la "cathédrale des marchandises" sera vendue aux enchères par décision judiciaire avant la Première Guerre mondiale.

En 1928, la société AEG en fait une "Maison de la technique", lieu d'exposition et de présentation de produits. A la fin des années 1930, c'est là qu'a lieu la première diffusion télévisée du monde entier.

Après la prise de pouvoir du parti nazi en 1933, le complexe devient la résidence du bureau d'études du DAF (Deutsche Arbeitsfront), syndicat affilié au NSDAP, réunissant patronat et salariés qui voit le jour en même temps que la suppression du droit de grève. En 1941, le DAF devient propriétaire de l'immeuble et accueille le siège de la SS. En 1943, son grenier abritera même des prisonniers de guerre.

Après la création de la RDA, le bâtiment n'est plus qu'une ruine gigantesque gisant au beau milieu de Berlin-est. Une agence de voyages occupera certains étages et le rez-de-chaussée sera entre autres occupé par le cinéma CAMERA et une école de commerce. La mairie ira même jusqu'à louer des salles de séminaires à l'école d'artistes de la RDA et à mettre à disposition quelques locaux pour l'armée nationale.

Le Tacheles est à l'origine un collectif de musiciens qui se forme du temps de la RDA, en désaccord avec les méthodes de censure du régime. En yiddish cela signifie "se révéler", "s'expliquer" et en hébreu "suivre un but". Le 13 février 1990, ces artistes squattent la ruine délaissée et réclament l'arrêt des étapes préliminaires de démolition, entamant des démarches pour faire déclarer le bâtiment monument historique. Malgré une décision judiciaire qui confirme la démolition, les artistes obtiennent le droit de véto de différents partis politiques et exigent que soit effectuée une nouvelle expertise sur l'état du bâtiment. Celle-ci se révélera positive et déclarera le bâtiment en bon état. En 1992, la classification monument historique sera confirmée.

 

Depuis, le bâtiment est officiellement une maison d'artistes, devenu un lieu d'échange de cultures et d'approches esthétiques, enrichi par la vision d'artistes venus du monde entier. Les touristes peuvent s'y procurer des reproductions ou des peintures sur toile (par ex : patchworks) à prix raisonnables ou simplement visiter des expositions d'art moderne. "

 

http://colin.zonska.over-blog.com/article-le-tacheles-44120735.html  

 

 

Pour voir des photos de l'édifice au temps de sa splendeur, et lire en allemand un historique plus complet

http://www.bushtrash.de/bilder/tacheles/tacheles.htm

 

 

Maintenant je cite http://3615berlin.com/2010/10/27/squat-berlin-kunsthaus-tacheles/ son texte date de fin octobre 2010.

 

" Edifié en 1909, cet ancien centre commercial juif de l’Oranienburgstrasse (dans l’actuel quartier de Mitte) est menacé à plusieurs reprises d’être détruit. Et puis le mur est tombé, le lieu est alors envahi par de jeunes artistes. De nombreuses altercations avec les autorités aboutissent à la création de l’association du Tacheles. Ce collectif prône un art libre en opposition au monde néo-liberal dans lequel nous évoluons. L’immeuble devient alors le terrain de jeu de créatifs qui veulent s’exprimer librement et sans détours. Ces ambitions sont affichées dans le choix du nom yiddish « tacheles » qui signifie parler franc. Le ton est donné.

Malgré l’état de délabrement avancé du bâtiment, l’association établit une vingtaine d’ateliers. Et ça se bouscule au portillon pour faire partie du projet. Le Tacheles devient alors une véritable plaque tournante de la scène alternative à Berlin dans les années 90 : les productions artistiques en tout genre ont lieu et tout le gratin du punk à chien, mais pas que, s’y rend, Pilsner à la main. On atteint l’âge d’or du Kunsthaus Tacheles.

S’en suit une reconnaissance publique avec l’appui des institutions aux travers de subventions du quartier de Mitte et du Sénat aux affaires culturelles. Ces interventions externes entraineront l’explosion du collectif de départ, car si à l’origine l’existence de ce lieu s’érigeait en véritable îlot pour artistes sans limites et constituait une forte opposition au monde néo libéral, ce postulat est alors plus qu’ébranlé. Pour ne rien arranger, l’Etat souhaite revendre le terrain et coupe les vivres en 1996. Le squat devient alors la proie d’investisseurs immobiliers du groupe Fundus (détenteur du très luxueux Hôtel Adlon). Une fois racheté, le camps néo libéral, ici Fundus, joue la carte du compromis en proposant un bail de dix ans pour un mark symbolique par an à l’association. En contrepartie, cette dernière s’accorde à laisser l’aménagement et la rénovation futurs du bâtiment. Erreur fatale. Le Tacheles signe là son pacte avec le diable et se compromet largement au grand dam de ses créateurs.

Depuis 2006, les demandes d’expulsion ne cessent d’affluer sans être véritablement probantes. Le Tacheles possède une notoriété et un intérêt (400 000 visiteurs par an) tel que détruire ce squat pour en faire un complexe immobilier semble bien improbable. Les défenseurs se voient confiants et prêts à braver les sommations de quitter les lieux.

Aujourd’hui les puristes (dont je fais partie, rapport à mon esprit rebel) déplorent la situation: l’endroit ressemble plus à un immeuble désaffecté pour pseudo artiste qui se teint les cheveux en rouge vivant sans le sou afin de résister à la société de la consommation. Les productions artistiques sont de qualité discutables et la façon de perpétuer l’esprit même du squat devient gênante ET à but lucratif. (cf les vendeurs de bracelets, colliers en corne de chèvre d’Amazonie).
« Le Tacheles est l’un de ces rares endroits où les gens ont le sentiment de vivre quelque chose d’authentiquement berlinois », assure Martin Reiter (porte-parole des artistes). Ou pas. Le lieu fort de son exposition en oublie son âme. Tout est fait pour que le touriste un peu – oulala, en quête de sensations fortes – se sente en danger, mais pas trop, et veuille gravir ces escaliers salis bien proprement. Les toilettes sont suffisamment effroyables. Les squatters piercés et tatoués arborent un air patibulaire de quoi vous hérissez le poil et les « présentations artistiques » révèlent des tourmentes auxquelles même Egon Schiele n’avait pas songé (ironie).
Rassurez vous on est pour la pérennité du squat hein soyons clairs, mais pas dans ces conditions. "

 

Je partage assurément son point de vue sur cette dérive qui n'a fait qu'empirer. 

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Les informations que nous fournit

http://carnetsdeberlin.blogspot.fr/2012/03/tacheles-rideau-sur-berlin.html

le 31 mars 2012  ne sont guère rassurantes sur l'avenir des lieux en tant qu'ateliers d'artistes .

 

 

" (...) Dernier concert, dernière biennale, le café a déjà fermé et a été vidé, seul reste sur le mur quelques lettres rouges comme un vieux palimpseste qui rappelle, pour ceux qui l'ont connu, son nom : ZAPATA.   (...)

Le jardin de sculptures n'est plus qu'un parterre clôturé, les bancs, le kiosk à bières ont disparu, les grosses pièces ont été déplacées par leur créateur à Treptow (...)… Retour du terrain vague, le même qu'il y a 20 ans, retour du vague à l'âme, la fin sans fin des utopies… Je ne sais pas si c'est par ironie, mais sous la grande arche, les artistes ont installé une petite plateforme et quelques marches qui permettent aux touristes de voir par-dessus un muret et contempler le démantèlement du lieu, ce no mans' land sans doute provisoire, tout comme les Berlinois de l'ouest avaient installé des tourelles pour voir par-dessus le mur les maisons grises, les rues coupées, les ombres des passants au loin.  

 

La semaine dernière ( en mars 2012 donc) , le bâtiment a été fermé pendant deux jours par la police, vidé et verrouillé pour de bon avec service de sécurité en cerbères musclés, comme une répétition de sa fermeture définitive, quand l'ultime recours sera tombé, quand les derniers soutiens auront abandonné de guerre lasse, quand le propriétaire en aura assez d'avoir été patient, quand Berlin aura laissé derrière elle ce qu'elle a été : "arm aber sexy" pour enfin se choisir un nouveau slogan qu'elle espère "reich und sexy"… Ville qui cherche à s'embourgeoiser (pour réduire sa dette abyssale), à attirer de jeunes actifs aux poches bien pleines, puisque la jeunesse européenne et désargentée est déjà là, mais, même si elle donne son énergie à la ville, elle ne remplit pas ses caisses. "  

 

 

Je vous invite à lire la suite et la fin de son article décrivant sa visite et le déménagement déjà entrepris de bon nombre d'artistes à Treptow . C'est triste, et sur les murs ça se ressent...

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 par terre aussi...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

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oeuvre de MTO 

 

Mais il y a de la réistance car nombreux estiment qu'on ne peut abolir deux décennies de création artistique en ce lieu symbolique, haut lieu de ce quartier-là ...qu'il faut "soutenir Tacheles" , signer pétitions et participer aux nombreuses manifestations ...  

  

Mais à Berlin, les squats d'artistes (ou leur installation dans des lieux incroyables moyennant des loyers modiques )  ne manquent pas ( même si les promoteurs sont à l'affût, si j'ai bien compris...)  . J'en reparlerai ! 

 

 

PS Depuis la publication de cet article le Tacheles a fermé

voir http://www.lemonde.fr/culture/article/2010/09/10/bataille-autour-du-plus-celebre-squat-du-monde_1409461_3246.html

 

http://www.lemonde.fr/europe/article/2012/09/04/le-tacheles-squat-emblematique-de-berlin-contraint-a-la-fermeture_1755217_3214.html

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plombier paris 19 26/01/2015 12:48

J'apprécie votre blog , je me permet donc de poser un lien vers le mien .. n'hésitez pas à le visiter.
Cordialement

snorestopnow.org 09/12/2013 07:06

Awesome wall paintings! Actually I am planning to build a new house and going to apply wall paintings! Being a painter, interested to know some wall painting tips for my home! Hope you will consider me next time!

mamazerty 23/07/2012 15:43


mais comment faire?je veux dire un lieu accueillant des artistes LIBRES (mouaffff!!!!!) et d es curieux LIBERES de préjugés et d'envies mercantiles?je ne sais aps que penser,il est vrai que "ce
milieu là" m'est complètement étranger....un juste milieu est il souhaitable?une sorte de Villa Medicis du street art?financée par qui, avec l'aide de qui, des limites à cette aide et au mécénat
pour que la "LIBERTE" demeure, qui paie quoi???si si on y revient....ou bien??????qu'en penses tu toi?

Chry 25/07/2012 09:54



Tacheles n'était pas au début un lieu de street art à proproment parler, mais un immeuble une peu en ruine squatté par des dizaines d'artistes de toute sorte installant là leur atelier.


ces artistes pouvaient être très talentueux et être repéré par "le marché de l'art"...


mais le propriétaire privé des lieux veut démolir, reconstruire, un hôtel ou je ne sais quoi...la plupart des artistes ont déménagé leurs matériels et ouvres par crainte de l'expulsion manu
militari...c'est le sort de nombreuses pépinières d'artistes ... dans ma commune aussi , après la mort du vieux propriétaire , le fils veut faire une opération immobilière et a expulsé une
quinzaine d'artistes , pour des motifs de sous locations illicites ect...


trouver des lieux pour travailler pour les jeunes artistess débutants est toujours un pb...à paris rp en tout cas, à berlin, il y a tout un tas de bâtiments desaffectés qui deviennent des squats
d'artistes...mais au bout d'un moment , ça rend le lieu plus attractif, les bobos arrivent, les loyers grimpent, le côté déjanté gênent , il y a embourgeoisement ect....